Série "Misfits" Le peuple des eaux sombres ( algues photographiées sur une plage du Morbihan )
Il est là, sous nos yeux, tapi dans l’ombre miroitante, ce peuple qui ne demande qu’à émerger. Nature morte et si vivante pourtant. Ce sont des fantômes surgis de l’écume et prenant toute leur densité une fois posés sur la scène de notre monde. Toute la genèse se rejoue sous nosnyeux, depuis l’amibe jusqu’au phénix. Il y a ce dindon effarouché qui ouvre le bal, suivie d’une princesse aux airs lointains avec son chignon haut et ses allures de geisha.
Mais très vite c’est l’Afrique qui est convoquée. Masque fétiche qui s’anime, griot bouche grande ouverte prêt à haranguer la foule, et cette femme à la silhouette ténue qui revient du marché, son panier balançant sur sa tête. Une autre, plus trapue, tente de soulever le sien tandis qu’une longiligne porteuse d’eau la dépasse toute en grâce. Une danseuse virevolte et tourne sur elle-même avant d’abandonner sa traine évanescente,comme un souvenir. ll y a encore le petit animal hérissé de colère, tout droit sorti d’un manga, cet écorché qui s’offre à tous les regards.
Je vous propose un voyage onirique à travers l’espace et le temps, depuis le moment de la première création du monde jusqu’à son délitement. Sont convoquées la faune, la flore et l’humanité, chacune s’emparant et se parant des défroques de l’autre. Vénus déesse des arts avait jailli de la mer, mais derrière elle, dans la pénombre aquatique, se tenait le peuple des eaux sombres.
Patricia Sarrio